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II. MÉTHODE - Extrait du livre


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Progresser plus vite au piano, pour le pianiste amateur ou professionel.

Extrait du livre
II. MÉTHODE


LE DÉFAUT DE CONSCIENCE DIGITALE,
UN ÉCUEIL TERRIBLEMENT CHRONOPHAGE



        Ce titre évoque une confusion aussi fréquente que redoutable… qui devrait mériter journalièrement toute notre attention. Étudions-la à travers un exemple simple. Nous utiliserons ce fragment, extrait de la fameuse toccata et fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach :


partition de la Tocatta et Fugue en ré mineur de BACH


N.B. : Cette partition peut être téléchargée légalement sur le site des chefs-d'oeuvre du piano.


Imaginons que vous soyez un pianiste maîtrisant convenablement les gammes. Malgré votre acquis technique, le premier fa de la main gauche ne sonne pas correctement, ou devient presque inaudible. Émises correctement, les notes voisines ne présentent pas de difficulté. Vous avez beau répéter le trait inlassablement, rien n’y fait, et le travail à différentes vitesses n’améliore pas la situation : le fa joué par le majeur reste bien capricieux !

Confrontées à ce cas de figure, nombre de personnes émettront l’idée que leur technique de gammes s’avère insuffisante. Cette analyse éclot bien souvent de manière systématique, réflexe, sans aucun raisonnement pour la justifier pleinement. Ce type de déduction présente néanmoins un grave danger, pouvant entraîner des pertes de temps parfaitement substantielles.

Si une insuffisance technique n’était pas en cause, quelle explication alternative pourrait éclairer notre question ? Tout simplement un manque de conscience digitale. Nous touchons ici un élément clef de la méthode de travail. Jouez à nouveau le fragment, cette fois en portant toute votre attention sur l’action de votre main gauche, et plus précisément sur celle de votre majeur. Peut-être découvrirez-vous avec surprise que ce troisième doigt demeure excessivement suspendu, que vous ne l’aviez pas suffisamment mis en action pour qu’il remplisse la tâche attendue. Vous n’aviez pas assez entraîné ce majeur vers le fond du clavier. Une articulation faible ou indécise, il n’en fallait pas davantage pour escamoter notre fa !

Voilà donc l’énigme résolue en un éclair, puisque quelques minutes suffiront à clore la digression. Généralement, un faible nombre de répétitions permet de s’approprier le geste adéquat. (Quand bien entendu, le défaut de conscience s’avère la véritable source du problème.) Si nous retournons à notre exemple, il suffira d’appliquer au geste toute la conscience possible, en observant une meilleure propulsion individuelle du majeur.


        Écueil de méthode fréquent, cette confusion ne manque jamais de piéger les musiciens expérimentés... puisque pour eux, la technique ne se décompose pas en une succession de mouvements. La gamme de ré mineur ci-dessus se considère et se restitue en un geste unique ; avec l’habitude, l’action des cinq doigts ne s’appréhende plus de manière indépendante. Elle forme un tout indivisible avec l’ensemble des sections corporelles qui doivent entrer en jeu pour composer le mouvement exact. (Bras, poignets, épaules, etc.)

C’est pourquoi les pianistes ayant acquis de correctes notions techniques peuvent aisément perdre de vue le détail, l’infime qui ne transparaît plus dans la globalité, devenue familière et généralement fonctionnelle.

Mais qu’importe votre niveau !
Inquiétez-vous !

Car ce vil traquenard ne manque pas d’affliger les pianistes moins chevronnés. La confusion est réellement terrible, puisqu’elle vous entraîne généralement vers la programmation de nouveaux exercices. Vous voilà maintenant accablé d’un fardeau supplémentaire, composé de deux heures de gammes quotidiennes et d’inextricables études ! Sans évoquer la recherche de nouvelles méthodes ou l'achat d'éventuels cahiers techniques complémentaires. Bien pire encore, vous vous heurterez à la même incapacité en reprenant votre pièce un peu plus tard… Que votre technique se soit globalement améliorée n’y changera rien. C’est dire le gaspillage de ressources que le défaut de conscience corporelle occasionne… Et combien il importe de choisir le chemin approprié dès le commencement !


« Ce qui reste inconscient demeure imperfectible. »
Marie Jaëll *



pianiste

* Pianiste et compositrice française, Marie Jaëll (1846-1925) a beaucoup contribué au développement de la pédagogie du piano. Elle fut une amie particulièrement proche de Franz Liszt (dont elle joue toutes les oeuvres) et de Camille Saint-Saëns. Actuellement, de nombreuses méthodes d'apprentissage du piano portent l'influence de ses travaux.



Cette sentence vous aidera sans doute à jeter davantage de lumière sur notre question. Méditez-la sérieusement, et vous en tirerez de beaux profits. Elle ne signifie pas que vous deviez accroître votre kinesthésie à tout va. Le but de chacun reste de jouer du piano, et non de développer une attention corporelle sans limites. Atteindre un palier de conscience supérieure devient nécessaire seulement lorsqu’un problème spécifique l’exige.


        Certains lecteurs nous demanderont comment distinguer un manque technique d’un défaut d’esthésie. C’est souvent au travers de minimes détails que se révèlent les imperfections natives d’une forme de non-conscience. Ce peut être une ou deux notes, comme dans notre exemple, mais beaucoup plus rarement tout un ensemble. Lorsque vous doutez de la réponse à adopter, vérifiez systématiquement le souci de conscience. Cela demande un temps infime, et en cas de succès, vous ne stagnerez pas indéfiniment devant l’obstacle. Si le problème ne se résout pas de cette manière, vous saurez que la clé est ailleurs.


        Parce que les racines d’un problème insoluble demeurent hors de son champ de perception, une personne abandonnera souvent une œuvre, peut-être même pour quelques mesures inintégrables, au milieu d’un texte parfaitement su. Aucun pianiste ne peut contourner cette problématique. Un petit défaut d’attention, et voilà six mois de travail gaspillés ! Nous avons connu un nombre important d’élèves pour qui les pertes avaient atteint une année entière d’approfondissement superflu, pour quelques passages fautifs contractés çà et là.

L’acuité de conscience constitue un outil de premier ordre en matière d’efficacité. Conservez toujours ceci à l’esprit ; vous recueillerez par application un temps considérable. Vous éviterez de vous perdre dans des dédales obscurs, où les erreurs s’imbriquent sournoisement les unes dans les autres… Une mauvaise décision en entraîne facilement une autre. Avec l’expérience, vous saurez toujours diriger votre attention correctement : à l’endroit voulu, et au bon moment.

Ainsi, le développement d’une conscience digitale et corporelle juste facilite toute la vie pianistique. Une méthode de travail saine ne peut ignorer cette composante... Par ailleurs, elle constitue l’antipode de l’attitude mécanique.

Le comportement automatique fonde son essence sur la répétition… entretenu par les germes invisibles de l’incompréhension. Loin de cela, le regard sur soi-même illumine magistralement les problèmes, en révélant toutes les dynamiques inconscientes… Quand de surcroît, il limite toujours les répétitions à leur strict minimum.


Johann Puppetto Pianiste
Expert de la méthodologie du piano


© Héliantia Éditions, tous droits réservés




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